Le réseau des C.F.V. du Jura

Les locomotives de travaux

Lors des opérations de pose et de ballastage de la voie, les entrepreneurs firent usage de matériel de location, ou bien qui leur appartenait en propre. En 1898, ces travaux, scindés en deux lots, furent confiés à MM. Razel et Bougain.

Sur le premier lot, M. Bougain semble avoir employé dès le début une locomotive louée au réseau C.F.V. de la Haute-Saône. Il s'agissait de la 031T n° 2, construite par la Société Alsacienne de Constructions Mécaniques en 1878 (S.A.C.M., Belfort). Les difficulté rencontrées par M. Razel sur le deuxième lot débouchèrent sur sa location à ce dernier, à partir du 8 septembre.

M. Bougain acheva les travaux avec trois machines de plus petites dimensions, dont « la Sentinelle » et « la ville de Neubourg », jusqu'en décembre. L'une d'entre elles avait été louée à partir du 20 août.

Sur le deuxième lot, M. Razel louait vers la fin août une machine de 12 tonnes, en provenance de Lyon. Elle venait renforcer un parc tracteur assez faible. Comme indiqué, il employait ensuite la 031T n° 2 de la Haute-Saône, à dater du 19 septembre.

Le 24 novembre, un rapport mentionne aussi une 020T et une 030T, « en fort mauvais état », qui ne permettaient pas de mener à bien la pose de la voie.

Les deux locomotives utilisées par M. Razel en 1898. Il semble s'agir de machines de marque Corpet, la 020T de tête emploie une transmission de type Brown (cliché E. Mandrillon, coll Devaux).

La 031T n° 2 resta au moins jusqu'à l'inauguration, à la fin du mois d'octobre. On la voit notamment en tête du train inaugural. On peut supposer que le ballastage encore incomplet de la voie entre Moirans et Saint-Claude entraîna un refus de la C.F.V. d'assurer la conduite avec ses propres machines.

Le 23 octobre 1898, arrivée du train inaugural à St-Lupicin, en provenance de Lons-le-Saunier. Il est tracté par la 031T n° 2 du réseau C.F.V. de la Haute-Saône (coll. Gay).

En 1901, on sait par un rapport que M. Boutté employa une machine de chantier entre Orgelet et Arinthod, mais sans aucune précision sur son origine. Ce même entrepreneur, fut par la suite chargé de la pose de la voie entre Clairvaux et Foncine-le-Haut, en 1907. Il loua cette fois-ci une locomotive à la C.F.V., pour un prix de 50 F / jour.

Lors de la pose de la voie du réseau de Champagnole, l'entreprise Drouard employa deux locomotives d'une masse de 13 à 15 tonnes, qui lui appartenaient. Les nombreux réglages qui durent être effectués après l'achèvement de la pose, firent qu'elles restèrent sur le réseau jusqu'en 1926. Au 13 mars, on signalait qu'elles étaient encore garées sur la voie du débord du dépôt de Champagnole. Il semble qu'elles furent enfin enlevées avant la fin de ce mois.

La pose de la ligne électrique, confiée à l'entreprise Tissot & Curis, donna lieu à l'emploi d'une locomotive « de fort tonnage » selon M. Drouard, qui se plaignait des dégradations subies par la voie fraîchement posée, sur un ballast encore imparfaitement tassé. Finalement, l'entreprise loua à C.F.V. la machine n° 102, détachée pour l'occasion du réseau de Lons-le-Saunier.

Les employés de Tissot & Curis posent pour le photographe en gare de Foncine-le-Bas. C'est une des rares vues connues de la locomotive n° 102 (repro Landré).

© Élie Mandrillon 2005 – 2018